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LE MARIN POETE

 

Jouer avec toutes choses au fil de l’eau
Voir de l’œil magique sous grand vent
Accepter les bienfaits du firmament
Connaître par cœur le langage des bateaux.

Rappeler à la belle mémoire, une heure d’été
Prédire le crépuscule à travers la campagne
Couvrir les méditations d’un équipage de pagnes
Ancrer dans le port toute ombrée chahutée.

Sourire dans le jardin haut dans le ciel
Traduire l’enchantement de la légende dorée
Créer c’est une volonté, une force, une quête zélée
Pour chanter la vie du théâtre de l’oriel.

***

LE ROUGE ANDRINOPLE

 

Le rouge andrinople sur le tissu écossais

La colombe au salon sous les soirs d’orage

Une tapisserie feutrée, un cachemire imparfait

Le costume du magasinier a traversé tous les âges.

 

La fibre est régulière comme un mouchoir de batiste

Le matin au soleil joue le temps de sa broderie

La fougère calibrée en pochoir de la vie

Fractale vestimentaire de l’argentier chimiste.

 

Une chose de beauté pour toute joie éternelle

La nuance la plus tendre en majesté

Le sceptre sur le champ des serments listés

La lune noire tire sa révérence maternelle.

***

LE ROMAN DU TEMPS PRESENT

 

Le temps présent sait jouer grand jeu,

A la bonne date, les premiers feuillets écrivent le roman

Célébrant le rêve en vélin crème, bienheureux,

L’expérience intérieure gravée dans la pierre, probablement.

 

Le don d’amour du libraire à son auteur,

Une valeur infinie, l’ami zélé du langage,

L’archéologie minimale de son état intérieur,

Les ombres dominantes au cœur léger,  un mirage.

 

Un autre sens signé à la plume d’une tête dorée,

Tout au long de l’ouvrage tapissé de sagesse,

Réservé à l’auteur, une métaphore de la vie, une goutte de rosée,

Assez pour entendre dans tout mot, l’or et son adresse.

 

A ce soir, au couchant de l’instant, disent les lignes

A l’école du présent, on apprend son époque,

L’esprit probable, explorateur, sait faire signe,

Fac -similé, l’air ébahissant, errant en soliloque.

***

SOLEIL

Le soleil se fit plus haut, étrillé des temps anciens

Sur le sentier de bois, les hêtres, solides terriens

Ce n’était pas un rêve, en cette lune de félicité,

Le chemin de silence vint à sa rencontre, en affinité.

 

Le vent des âmes ne se vit pas dans la volonté de s’épanouir,

Calme en conscience, il eut l’art de dire,

La maison du rivage les accueillit en juillet

En fille avisée, elle sut écouter la lumière du passé.

 

***

AU COIN DE LA RUE

 

Une lampe en rond au coin de la rue,

Echelle en croix, étoiles en danse, colonnes en chahut,

Etamine en serpentine, anneau en dialogue noir,

Au globe de dentelle, elle préfère le miroir.
 

Le bateau du corsaire en vagues de drapeaux violets,

Roseaux en marge à la frontière du palais,

L’ombre des palmes en fanions damassés

La serrure de la malle à jamais verrouillée.

 

La carte navigante au bosquet de la maison

La cheminée rouge en costume de maçon,

Le pré vert en jonquille, en nénuphars à la rose

Danse des étoiles sur le compartiment des osmoses.

 

Le collier de l’arbre trace la procession

Un repas de marguerites au dîner de l’union.

***

Alchimie

 

Expliquer une épreuve de vérité

C’est comme décider de fermer les jalousies

Pour que des sciences tous les secrets

Puissent s’opposer à l’ennui.



Exposer ses recherches au soleil

C’est comme vouloir interdire la réponse

Pour que les ondes dans leur sommeil

Rêvent d’or, en grammes, en onces.

 

Informer la lune de sa révolution

C’est comme vouloir avilir le grandiose

Pour que les atomes, les ions, les protons,

Cessent de jouer à l’enchanteur qui ose.

 

***

 

 

Nuit de noces

 

Un sourire dans un éventail de larmes

De celui qui suspend les dangers

Quand silencieux, fondant en son âme

Comme la lave dans la mer Egée.

 

Un visage nu maquillé de satin

Pour émerveiller le jeune ahuri

Une nuit volcanique étouffée du matin

Traces jalouses sur les chastes broderies.

 

Un regard à étonner les amours vaincues

De celui qui éloigne les regrets

La jeune femme a tué l’ingénue

Mais grince entre ses dents qu’il n’aura pas sa liberté.

 

***

 

La transparence de la brume vint interroger l’homme

Placide comme le charretier aux guides sensibles

Pour lui demander quoi ?

 

Un reflet sur une soie imaginée du matin.

Au pied de l’observatoire questionnant le ciel.

Qui lui répondit quoi ?

 

Seul le silence des nuits fera naître l’espoir d’une réponse.

***

 

 

Le poète n’utilise jamais une encre déserte

Elle souffle toujours un vent habité

De la folle passion qui tue la bluette

Sous le désir pourpre d’une nuit d’été.

 

Les songes chuchotés au pied de la fontaine

Sous les ramures du cèdre centenaire

Trop larges pour le décor, pour la mise en scène,

La toile de fond chahutant l’atmosphère.

 

Les murmures du roi et de son fils languissant

Au destin lié à un crâne, à une sphère

Sur les bords de l’Avon, sur le fleuve glissant

Gravent le sceau de leur argile amère.

 

***

 

La surface historiée

Bleue comme une crique miniature

Droite comme un phare à la fenêtre

Douce comme des grillons en costume d’alpaga.



L’oiseau vogue dans la transparence du cristal de la plage

 

L’esthétique des grands pavois

A l’exposition des voiles de lin

A la barre aux coutures d’ajoncs

Au coussin d’hiver en mousseline

 

L’oiseau vole sur les tableaux de galets.



La folie vague des couleurs

Le style des confusions aux illusions,  

De la galerie des coquelicots en caraco


L’oiseau voit naître de son nid des tissages de quartz.

 

 

 

***

A l’abri du monde

 

Cela arrive toujours à l’abri du monde

Quand les vitraux des églises

Et les ombres des hauts rochers

Annoncent dans un figuré de réalité

Que les temps sont venus

Pour les druides des archipels

D’orner de dimanches les couleurs de la ville.

 

***

 

Midi en avril

 

Midi règne sur la mer

Avril naît d’un sillage d’écume

La frontière italienne se rapproche

Dans un nuage de sable sur la Riviera.

Un rayonnement aveugle l’horizon

Une illumination comme le faisceau d’un réverbère

C’est un jour très calme

Sous le riche parfum du destin et du temps.

 

***

 

Les mots ne volent pas dans l’air immobile

Ni ne voguent au rythme salé des vagues

Ni n’ornent de soleil les lustres des châteaux

Pas même les plus jolis du monde.

 

Les mots ne parlent pas aux paysages familiers

Ni ne coulent le long des torrents

Ni ne tombent dans les abîmes sans fond

Pas même les plus profonds du monde.



Les mots ne pâlissent pas la nuit

Ni  les épais brouillards  des falaises incertaines

Ni sous les éventails des étés à l’Escurial

Pas même les plus mystérieux du monde.

 

Les mots ne tombent pas verticaux

Ni sous les cascades, ni par-dessus les océans

Ni des clochers, ni des ponts, ni des hôtels

Pas même pour se taire.

 

                                                                              ***

 

 

Des grains bleus roulés par les vagues

Des forêts de mâts, des tissages de haubans

Un rayonnement de flots calmes

Règnent immobiles en matinée.

 

Où est le poète ?

Demandent les fleurs silencieuses.

Il récompense la vie

Répondent en chœur Harmonie et Fantaisie.


Peut-il se jouer de toutes choses ?

Au fil de l’eau, sous le grand vent

L’œil magique n’y voit que merveilles

Et se régale de bienfaits.

La mer est belle vue du rivage…

 

***

 

La mémoire a ses jardins

Des îles, un horizon, des soirs bleutés

Au jour tombé, elle se replie, elle se couche

Sur les rivages d’un oubli programmé.

 

Et d’autres soirs

Cherchent la clé d’un sommeil sans lune

Regardent dans les yeux le gel face au soleil

Creusent le silence sur les terres polies.

 

Des quatre coins de la Terre

Les vents passent sur les abris

Courent les rues, les campagnes, les demeures

Quand tombent les étoiles de la nuit.

 

                                                                              ***

Ah ! La belle mémoire

Qui résonne à l’heure proche du crépuscule

A travers les campagnes

D’une lointaine méditation

Un équipage de chuchotements.

 

Ah ! Quand le jour se lève tard

Quand ancré dans le port

Sur le bon sable, à l’ombre des voiles

L’apparence du soleil

La force étoilée de la nuit.

 

Ah ! L’enchantement des sentiers de la mer

Tradition en Cornouailles, les contes mystérieux

Une façon de faire venir le vent

Une légende dorée.

La mythologie des gens des côtes.

 

***

Au pays des chemins sur la mer

La tradition est celle de l’enchantement

Faire fi de l’apparence du soleil

Pour les gens des côtes,

La nuance est capitale.

 

Le zéphyr et ses légendes dorées

Ne soufflent pas en pays de Cornouailles

Mais ils savent comme personne

Faire venir le vent.

 

En dehors des mers

Et des histoires de vent debout

Sous la face étoilée de la nuit

La vie est ce conte venu tout droit de la mythologie.

 

 

***

Comment s’entendre sous les gouttes

D’un concert, des embardées, des courants, des marées, de sons d’or.

Savoir que l’harmonie joue sa vie sur tapis rouge ou vert

Quand face au violon cherche à s’imposer le cor.

Sonne, résonner ou mugir, frapper, vrombir, ou pleurer.

Les cordes blanches, les cuivres noirs se moquant des marteaux

Guerre fratricide d’outils sonores ensorcelés.

 

***

 

Proche de tout pour se rapprocher de soi

Intemporelle proximité des lieux

Survivance des pierres

La vie est un vagabondage disponible, une promenade éperdue, des souvenirs survivants,

D’histoire accessible.

Partout chez soi, amusée et proche de la vie, de sa proximité.

***

 

Le rivage pour toute barque

Le sable bleu pour accueillir la lumière

Un repos avis assis sur la plage

Le spectacle d’un voyage

Libre comme le verbe du renouveau.

***