miniatures paysages

 

VITRIOLA

 

Quand les portes ferment mal,

Ne jamais demander aux ennemis d’en bas,

Prendre ses deux mains, sans rage, en climat amical,

Et balayer l’espace, du grain de sable au gravât. 

 

A l’origine, tout est écrit en lettres capitales,

Pour monter le son du dialogue, pour dire je ne sais pas,

Ignorant le chemin qui mène à la maison originale,

De toutes façons, liée par le jour et la pluie fine de Vitriola.


La blancheur immaculée des monts de Carpinelli,

Pays d’observation à curiosité intermittente,

Protégée de la méthode, quand avant la nuit,

Sur le seuil du grand chalet, quelque chose vous hante.

 

La première idée est de changer de rue,

Retrouver dans les vieux livres, le fonctionnement

D’une époque ou plutôt d’un chemin, inconnus,

Avec l’espérance partout, longtemps, attentivement.

 

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L’ECRITURE

 

Les antiques publications ouvrent l’œil,

Quand la question du titre nous fuit,

Les paradoxes modernes au hasard du recueil,

Livrent à leurs manuscrits l’avènement du récit.

 

 

Préambules sans techniques et rythmes et commentaires,

L’ancrage narratif se fige dans l’histoire,

Les points de vue, les idées et les inventaires,

Portraits de famille et passions au parfum de mémoire.

 

L’âge des romans se calcule à la tache,

Jaunie ou écarlate sur chaque feuillet

A la trace laissée par le regard qui se cache,

L’écriture complémentaire, de feuilletons en nouvelles, emportée. 

 

***

 

 

NOUVEAU JE

 

L’invention d’un  nouveau je,

C’est la stratégie de l’ouvrage,

De son geste narratif qui rend compte, qui rencontre, hasardeux,

Les textes se croisent, les interlocuteurs s’expriment, deux par deux.

 

L’invention d’un nouveau je,

Loin de la parole théorique d’un autre âge,

C’est un relais entre l’occasion de revenir sur le commentaire,

Et les allusions, les illusions, une conversation fragmentaire.

 

L’invention d’un nouveau je,

Ce n’est pas un recensement du savoir, mais une intrigue sans adage,

Une rêverie utile pour rejoindre l’oasis, et s’enraciner,

Une réflexion magicienne à l’idée incomparable d’intemporalité.

 

L’invention d’un nouveau je,

C’est être destinataire du dialogue, du droit inaliénable d’aiguisage,

Une délicatesse du don, un désir d’entendre, le droit de dire,

Que sans connaître le dénouement annoncé, le destin sait se définir.

 

***

 

LES HASARDS DU MONDE

 

Les hasards du monde, intercalaires de spectacles de vies, de rues,

Ephémères résultats sensibles de l’être et de l’étant,

Parler pour dire, rire pour l’écrire, sourire aux souvenirs, ingénus,

Face au miroir de la scène, étudier les signes, protocole du vivant.

 

Les hasards du monde, lois d’unité et accords d’harmonie,

Miracles de la nature ou écarts de mystère, sans procédé de fabrication,

Toujours en mouvement, d’esprit ou de chair, loin des systèmes assouvis,

Face au miroir de la scène, imaginer le réel et nos conversations.

 

Les hasards du monde connaissent la vérité poétique,

Jeux de création purifiant la réalité, notre trésor d’émotions,

Définissent le geste, les enjeux de l’âme, magnétiques,

Face au miroir de la scène, nous frappent et font registre dans l’intention.

 

Les hasards du monde sentent l’enthousiasme,

Placés  tout près du but tels des axes de fuite,

Les mots comme amis, ailes du destin sans pléonasme,

Face au vrai de la scène désignent l’idéal, célèbrent les images, et se livrent de suite.

 

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LES BONNES RAISONS DE CROIRE

Les bonnes raisons de croire

S’élèvent en quelques minutes de silence,

Sur les cartes des jeux d’aujourd’hui, loin des grimoires,

Les recettes du bonheur s’affichent en cohérence.

 

Les bonnes raisons de croire,

Elles sont toujours intuitives,

Bien loin du dépaysement au Nord de l’au revoir,

Au département Philosophie, s’exposent leurs missives.

 

Les bonnes raisons de croire,

Elles figurent dans un recueil scientifique,

Elles ont quitté Paris sans lui dire bonsoir,

Dans la catégorie virtuosité, elles s’exilent, magnifiques.

 

Les bonnes raisons de croire,

Elles sont de chaque côté de l’intersection,

Connaissent l’exercice de la poésie baroque, sans mouchoir,

Pour les habitants de la Cornouaille, elles s’unissent en compassion.

 

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FIANCAILLES

 

Une bague sertie d’une émeraude

Fait toujours partie d’une belle collection,

Le même réseau de gemmes sans fraude,

Contrat de la Belle Epoque, sans mention.

 

La période d’étonnement passée,

A son doigt, la belle sélection s’impose,

Egale et sereine, brillante en facettes séquencées,

Elle s’offre silencieuse en rayons qui explosent.

 

Elle ne peut plus former une phrase,

Stupéfaite, elle se réfugie dans son ailleurs,

Cet atelier des Batignolles, force de gravité de l’extase,

Trébuchant sur le pont de bois, elle compte les heures.

 

Une bague sertie d’une émeraude,

C’est un gage pour la séduire à tout prix,

Structurer sa pensée, à l’abri, sans baguenaude,

Lui dire non, lui dire oui, à quoi tient donc une vie ?

 

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HABITER L’ILE

 

Habiter l’île,

Sans notion de partage plus simple qu’une théorie,

Edition originale au milieu de la nature tranquille,

La porte vitrée entrebâillée sur le ciel étoilé, sans oubli.

 

Habiter l’île,

Et y voir sa lumière en bois doré,

Au pied de la cascade, son âme immobile,

Propriétaire de ce domaine aux maisons colorées.

 

Habiter l’île,

Heureusement, c’est le cas de l’arbre de Paradis,

Son parcours achevé ici, rédacteur de son codicille,

En guirlandes de branches et de bonne compagnie.

 

Habiter l’île,

Pas la peine de revenir sur le sujet,

A ciel ouvert, la meilleure adresse, infantile,

C’est ce tapis de taffetas vert au beau milieu de la forêt.

 

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ALCHIMIE NOCTURNE

 

Quelle alchimie nocturne

Que celle du mystère à éclaircir,

Dans l’océan à marée basse sous ce poids de Saturne,

Les objets de prestige nous entrainent sans zéphyr.

 

Quelle alchimie nocturne

Surprend les gens de cette société,

Dans la collection de Marie,  on continue de se rassembler vers l’urne,

Qui enregistre doléances, paris, votes pour les cheminées.

 

Quelle alchimie nocturne,

Parie que l’île croit aux elfes,

Confirme des druides la tradition diurne,

De parfumer l’air d’un parfum d’orange sous la greffe.

 

C’est cette alchimie parfaitement moderne, brillant de mille feux,

Une fois passée la journée, elle se fortifie de voiles blanches, prochaines,

Au-dessus des toits, crée sa mythologie, d’un style heureux,

Labyrinthique comme le pays, exacte route, sous misaine.

 

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EXISTER

 

L’existence accompagne les années,

Ou n’est-ce pas l’inverse ?

Elles passent leur temps à s’amuser,

De l’introduction à l’arrivée, pleuvant à verse.

L’existence s’accompagne d’années,

Ou n’est-ce pas le contraire ?

Icônes de la vie, elles s’entendent à merveille, comme les fées,

D’aujourd’hui à demain, histoire de changer d’air.

 

L’existence se compte en années,

Contraires ou inverses, chacune y va de son empreinte,

De l’entourage, de l’intime, de leur réciprocité,

Dans un ensemble artistique, elles dansent leurs contraintes.

 

L’existence se résume-t-elle aux années ?

Donnée restrictive, qualitative et erronée,

Elles passent toutes irrémédiablement comme les sabliers,

Pour s’établir dans le désert ou dans le ciel étoilé.

 

 

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LES MOTIFS DE POESIE

 

Les motifs de poésie à l’état naturel,

Apportent leur éclairage, leur grande figure,

Confirment ce qu’ils veulent dire, même à elle,

Sur la route de la côte ou de la littérature.

 

Les motifs de poésie remplis de son parfum,

De l’époque des cerisiers ou du sable de la belle plage,

Aujourd’hui passée comme les chapitres du roman du matin,

Elle observe la magie pour l’apprendre plus tard, en tournant ses pages.

 

Les motifs de poésie parfaitement adaptés

Aux succès spectaculaires qui mènent au paradis,

Autant le dire, sans détection de gravité,

Avec quelle précision ils s’imposent dans l’ici.

 

Les motifs de poésie ne connaissent pas les magasins,

Encore moins la position des contraintes,

Ils vivent tranquilles, jusqu’à être publiés, sans fin,

Et naviguent de toutes leurs voiles, sans peur et sans crainte.

 

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SEMBLABLES

 

Semblable à la nuit,

Sans encombre premier,

L’entourage exposé,

Gratuitement s’ébahit.

 

Semblable à l’entourage,

Sans gratuité exposée,

La nuit s’encombre,

De premières.

 

Semblable à la première fois,

L’entourage s’encombre gratuitement,

Quand la nuit sobre,

S’expose.

 

Semblable à l’exposition,

Gratuitement encombrée,

L’entourage de la nuit.

Fait sa première

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LA FORCE DES HISTOIRES

 

Equinoxe d’automne,

Serein silence, tempête silencieuse,

Le monde en équilibre, naturel enfin,

La dimension humaine rééquilibre les forces,

Tracer le chemin

En ingrédients philosophiques,

Réalités plus authentiques,

Genre de phénomènes, retour à suivre,

Ne pas provoquer sans convoquer,

J’entends les couleurs, toutes ensemble,

Présent d’énergie, matière de la lumière.

C’est la force des histoires.

 

Hommages en paysages,

Fugitifs ingrédients,

Intense inhabituel,

Itinérance de randonnée,

Pour la part du rêve,

En départ de sillage,

A la pointe de l’aube,

Rester un exemple isolé

Contrées colorées

Pour la construction d’un ailleurs,

Une pensée engagée.

C’est la force des histoires.

 

Un thème océanique,

Réinvention de vision,

Tous les niveaux de lecture,

Glissement sur la carte,

Un espace habité,

Un rayonnement sans caprice,

Proposent une histoire personnelle.

Faire vivre la peinture,

Mise en signes de l’enchantement,

Les appels d’un nouvel horizon,

Une œuvre de l’esprit.

C’est la force des histoires.

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L’ART DU DIRE

 

Quand l’art du dire naît d’une rencontre,

D’une figure éphémère surgit l’énergie de la vie,

Mythique figure d’un idéal imprimé, toile de fond des aiguilles de la montre,

L’extrait qui circule, catalyse du ressenti.

 

Quand l’art du miroir naît de prime abord,

Le processus se reflète en services nouveaux,

Des vagues traversent le temps et les souffles de bâbord,

Une héroïque responsabilité, théâtre des sens originaux.

 

Quand l’art de la lumière crée une supplique invisible,

Le mystère emprunte des méandres de questions,

Pour raconter les choses en regardant le vent, indicible

Univers de l’œuvre, de son écho singulier, sa prédestination.

 

Quand l’art de la pensée joue un morceau circonflexe,

En complet de sagesse, le bonheur y circule,

Regarde vers les îles, leur codex,

Changeant les âmes éclairées en chercheurs de formules.

 

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LES SAGES

 

Les sages se présentent toujours de face,

Loin des mystères primitifs, des scènes de longtemps,

Pour espérer grandir en rêvant sous la surface,

Aux chapitres des hommes, la puissance du destin, discours imminent.

 

Les sages se présentent toujours de face,

Parole libre et indirecte, au départ d’ici et de là,

Un dialogue libéré sans grimace,

Une dialectique littéraire des moments d’ici-bas.

 

Les sages se présentent toujours de face,

Leur mémoire indispensable, leur mythe itinérant,

Un inconscient immense ou juste de l’audace,

En perspicacité, perpétuellement.

 

Les sages se présentent toujours de face,

Lucides, impliqués et paradoxalement poètes,

Dévoilant leurs dires, écoutant pour voir, parrainant les initiés dans leurs dédicaces,

Pour s’entendre rire et inventer l’enchantement à chaque conquête.

 

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QUI RACONTE ?

 

Qui raconte ? Les questions, les attentes, l’imagination.

Qui construit l’espace autour de soi, qui lance la dynamique de l’existence ?

Qui joue un rôle dans le réel, qui attire notre attention ?

Le fonctionnement humain s’associe à la mise en scène, sans sentence.

 

Qui raconte ? La vie, l’aventure, le récit.

Qui tente d’explorer le temps, et le système existentiel ?

Qui joue la théorie des écrits ?

L’apparition tardive du narrateur est une évidence formelle.

 

Qui raconte ? Les dialogues, la responsabilité, la construction de la parole.

Qui plante le décor de lieux agréables ?

La sphère de l’invisible fait référence au ciel, aux atomes, aux hyperboles,

La source de chaque acte sort de l’ombre, impalpable.

 

Qui raconte ? Le point de départ, le mystère, la méthode.

Qui fait collection de couleurs à cueillir, de lumière à l’heure avancée ?

L’art de l’expression facile pétille de bonheur sans exode,

Le peintre naît avec ses souvenirs : « Aide-moi à devenir, destinée ! »

 

 

 Muriel CAYET

Poésie au présent permanent

Formules poétiques - Décembre 2017